Haïti et l’Afrique des indépendances (1960)

History – Yesterday, Today, Tomorrow?  Provided is a past article on Haiti that provides valuable insight into what is being experienced today.  The education of our youth leaders will change the narrative.  Le Flambeau Foundation, Inc.


Reseau Citadelle, par Marc Damord, Vendredi 23 Juillet 2010

Cette année, dix–sept pays Africains fêtent le cinquantième anniversaire de leur accession à l’indépendance. Des indépendances négociées à la pièce avec les métropoles européennes.

La décennie de 1960 a commencé avec le Cameroun, le 1er. Janvier, suivit par les seize autres, la même année. Comme elle a fait pour la création de l’État d’Israël en 1947-48 avec son vote décisif, Haïti, pour la décolonisation du continent africain a été aux premières loges. Sa voix fut mise au service de tout le continent, pour réclamer, dire, dénoncer et soumettre, aux Nations-Unies. Comme l’écrivait Lesly Manigat :

”Haïti a joué un rôle d’étoile brillante au matin de la décolonisation africaine.”  Lesly Manigat

Membre fondateur et rapporteur officiel à la création des Nations-Unies, Haïti fut une puissance diplomatique dans un monde post-deuxième-guerre mondiale qui cherche à cicatriser des blessures encore ouvertes des atrocités nazies.

Émile Saint-Lot, le représentant d’Haïti, devint le diplomate le plus en vue de la nouvelle organisation crée sur les cendres encore fumantes des artilleries des belligérants d’hier. C’est lui qui prêta sa magnifique voix dans les débats animés des nations qui cherchent à trouver une nouvelle coexistence pacifique. De lui, un journal français écrivait : ”Si, si bien parler est Haïtien, nous sommes tous Haïtiens”

Les années qui ont précédé cette décennie de 1960 riche en politique et en diplomatie, tenaient le pays occupé sur le plan international. Haïti fut partie prenante de tous les débats et sollicitée de toutes parts, comme la voix autorisée du Tiers-Monde dans les forums internationaux.

Hier, ce fut elle encore qui dénonça, l’agression de l’Éthiopie par l’Italie à la défunte Société des Nations(SDN), par la voix de son délégué d’alors, Alfred Nemours en mettant le monde en garde ainsi : ”Craignez d’être un jour l’Éthiopie de quelqu’un d’autre” Paroles prémonitoires prononcées quelques années avant que les troupes hitlériennes ne marchent sur l’Europe.

Les années 60 ont consacré le pays comme le grand frère baptismal d’une multitude de nouveaux états surgissant de la longue nuit de la servitude coloniale. Ce fut une période d’or pour Haïti.

Mais un des plus grands moments de la diplomatie haïtienne va être joué plus tard, dans la même décade des indépendances.

Haïti et le Nigéria

Le Nigéria, ancienne colonie anglaise accède, dans la foulée des indépendances en cascades au statut d’état indépendant, le 1er. Octobre 1960. Suite à un coup d’état, six ans après, des affrontements ethniques déchiraient le pays. Une nouvelle république y est née au Sud-est de son immense territoire : Le Biafra.

Soutenu par une majorité de nouveaux pays francophones du continent ayant comme chef de fil la France, la province sécessionniste déclara son indépendance en mai 1967. Quatre pays africains : le Gabon, la Zambie, la Tanzanie et la Côte-d’Ivoire le reconnaissent.

Le 26 avril 1969, ce fut le tour d’Haïti de le reconnaitre et de le présenter aux Nations-Unies. Coup de théâtre! Haïti est le seul pays de l’Amérique a posé ce geste. L’hostilité est à son comble à la grande maison de verre de New-York. Les États-Unis, l’URSS et la Grande- Bretagne sont farouchement opposés à cette reconnaissance.

Mais il faut dire que la France a fait un travail remarquable pour porter le monde à reconnaître les atrocités commises par le Nigéria qui bloquait toutes frontières avec le nouvel état, le privait de tout. La faim et les privations de toutes sortes ont fait des dégâts considérables. Les chaînes de télévision du monde entier accouraient capter les images des êtres squelettiques qui succombaient dans l’indifférence quasi-généralisée dans le territoire rebel.

Les intellectuels français : Malraux, Camus, Sartre, Veil, Kouchner se mettent eux-aussi à dénoncer ce blocus criminel pendant que la France fait transiter armes et munitions par le Gabon et la Côte-d’Ivoire. Omar Bongo lui, demandait le soutien du Saint-Siège. Haïti de son côté se débattait aux Nations-Unies pour solliciter des appuis et la reconnaissance d’autres états, au grand dam de la république étoilée.

C’est la première fois de toute l’histoire des deux plus vieilles républiques du Nouveau-Monde, les États-Unis et Haïti, qu’elles se sont opposées aussi fortement. Et c’est aussi la toute première fois depuis son indépendance si douloureusement acquise qu’Haïti vit une relation aussi fusionnelle avec son ancienne métropole. Pour frapper fort la dénonciation du Nigéria, la France, Haïti et les quatre pays africains ont déposé une condamnation aux Nations-Unies. Pour la première fois le mot ”génocide” est sortie du vocabulaire pour enrichir le droit pénal international. Avec un million de morts, la nouvelle assemblée générale des Nation-Unies se retrouve à faire face à sa première grande crise opposant des puissances du Nord au Nord et du Sud au Sud. On n’était plus dans la classique Est/Ouest même si c’était la guerre froide. On assistait aussi à la naissance de Médecins sans frontières (MSF) née dans la foulée des dénonciations et de la refonte du Secours médical français au Nigéria, dont le responsable n’était nul autre que l’actuel ministre des affaires étrangères français, Bernard Kouchner.

Même Johan Lennon dénonçait le choix de son pays qui soutenait le Nigéria.

En fin de compte, l’éphémère république du Biafra a vécu trois années, de 1967 à 1970.

De nos jours encore, les intellectuels nigériens parlent douloureusement de cette ”épisode haïtienne en terre africaine”

En fin de compte, comme dit le professeur congolais Élikia M’Bokolo de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris, ”1960 reste l’année d’une très grande victoire africaine”

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